Conduire au Canada : une aventure au quotidien

J’ai toujours adoré conduire. Que ce soit en France à travers les routes de campagne, dans les bouchons de Bordeaux ou à Malte parmi les cinglés de la route. Avant de partir pour le Canada, j’avais une appréhension : serai-je capable de conduire sous la neige ? 

Pour Amandine, c’était une simple formalité car Madame a vécu 7 ans dans le froid suisse. Mais pour moi, c’était un tout nouveau monde. Et effectivement, ça demande (un peu) de concentration. Juste histoire de ne pas manquer les arrêts obligatoires.

Conduire au Canada, ou comment apprendre à conduire à 30 ans, le récit.

Difficulté numéro 1 de la conduite au Canada : voir les arrêts.

Pas bien compliqué pourtant. Ce sont des panneaux rouges, avec écrit Arrêt en grand, gras et blanc sur fond rouge. Mais par je ne sais quel miracle, pas moyen de le voir quand tu commences à conduire au Canada. Il passe comme totalement inaperçu. Alors évidemment, on en a loupé quelques-uns avec Amandine. Voire même quelques dizaines. C’est plutôt problématique quand il y a des voitures tout autour. Heureusement pour nous, personne n’a pu être témoin de notre fraude involontaire. On est reparties comme on est venues, sans marquer l’arrêt, et à 60km/h. 

Le piège des feux rouges

carrefour

Pardon, ici on dit les lumières rouges. Jusqu’ici, on croit qu’un feu rouge, c’est international. Le fameux tricolore : vert tu passes, rouge tu t’arrêtes, orange… accélères, continue ta route, fais mine de rien ça passera tout seul. Chacun l’interprète comme il veut.

Bref, ici au Canada et même en Amérique toute entière, la règle est un peu différente. Les feux tricolores sont situés de l’autre côté du carrefour. C’est à dire qu’il faut t’arrêter à une ligne imaginaire (effacée par les nombreuses années de neige intense sur la route), et prier pour que tu n’aies pas dépassé le carrefour officiel. 

Bon, pour le moment je ne suis pas daltonienne donc les lumières rouges, je ne les rate pas. En général.

Feu rouge tu t’arrêtes, mais tu passes quand même.

Autre spécificité des lumières rouges du Québec : si tu tournes à droite, tu n’as pas à attendre la lumière verte. Attends, quoi ? 

Et oui, ça c’est le top quand tu conduis au Canada. Tu marques l’arrêt – celui-ci c’est bon j’ai compris -, tu regardes s’il y a quelqu’un à ta gauche. Si non, tu passes comme si de rien n’était. C’est tellement jouissif. 

Bon, sauf quand tu es sur l’île de Montréal. Et sauf quand il y a un panneau qui te dit “non tu ne peux pas”. Ça fait beaucoup de “sauf” ça.

Mais est-ce que ça s’annule si tu es sur l’île de Montréal et qu’un panneau te dit “non tu ne peux pas” ? 

Feu vert tu passes mais tu laisses passer, enfin ça dépend

Je ne vous avais pas dit ? On essaye de t’embrouiller l’esprit avec les lumières vertes aussi. Lumière verte, tu passes, rien de bien compliqué. Enfin, si tu tournes à gauche, tu laisses passer les véhicules qui arrivent de l’autre sens évidemment. 

Mais alors lumière verte en flèche c’est quoi ? Ah oui, je passe aussi. Quoi, il y a aussi la lumière qui clignote ? C’est quoi ça encore ? 

Pas moins de 3 feux verts existent ici au Québec, oui, 3. A ce jour, je n’ai toujours pas saisi la nuance de chaque feu, mais j’y travaille. Je vous jure.

Des lumières, des lumières toujours des lumières

J’ai quand même pas mal voyagé dans ma vie. Et jamais je n’ai vu autant de feux tricolores qu’ici au Canada. C’est simple, il y en a tous les 10 mètres environ. Et alors là, tu dois apprendre la patience. Le calme. La zénitude. Reste cool bébé. (sinon j’te dirai… de rien.)

Les nids de poule

humour titanic

Nids de poule, c’est sous estimer l’ampleur de la situation. Ici au Québec, tu peux loger tout le poulailler sans problème tellement les trous dans la route sont immenses. Sur le terrain ça donne quoi ? Des boulevards entiers avec d’énormes trous tous les 2 mètres, qu’il faut que tu évites constamment sans quoi tu te retrouves avec des pneus crevés ou un bas de caisse totalement abîmé. La faute aux routes de la zone de Montréal qui datent de plusieurs décennies et à la récurrence de gel, dégel, gel, dégel.

Et ça, c’est mon pire ennemi pour la conduite au Canada. J’ai beau essayer, en voulant éviter les trous je me les prends encore plus. PAM en plein dedans. Je tiens donc mon volant de toutes mes forces, immobile, les mains crispées, le dos droit en piqué, les yeux ronds et la perle de sueur qui goutte sur mon front en attendant la réprimande d’Amandine. 

A Montréal il y a un vieux dicton : Quand tu es sobre tu roules en zigzags, quand tu es saoule tu roules tout droit.

Moi je roule quand même tout droit en étant sobre, je vais peut-être me mettre à picoler au volant. Sur un malentendu, ça peut passer.

Les amendes de stationnement 

En soi, rien de bien étonnant. Tu te stationnes mal, tu as une amende. Ok, got it. Mais quand tu ne connais pas une règle simple et apparemment internationale, c’est un peu frustrant. Question : qui savait qu’il était interdit de se garer dans le sens opposé de circulation de la route ? Hein ? Qui ? 

Bah, pas nous. Et au Québec, ils viennent te chercher jusque chez toi. On a stationné notre véhicule dans notre rue, une toute petite rue dans un quartier plutôt éloigné de tout commerce et de toute circulation. Mais c’était sans compter la police québécoise qui est littéralement partout. On a donc eu la belle surprise de se voir amender devant notre nez, par la fenêtre de notre sous sol, pour stationnement dans le mauvais sens dans une petite rue résidentielle. 

Tabarnak.

Les lignes inexistantes

neige canada

Je vous en parlais déjà dans mon article des curiosités du Québec. Le mystère des lignes fantômes. Dans une situation normale, tu conduis et tu places ton véhicule à l’aide des lignes blanches qui délimitent la route. Au Québec, la neige est tellement abondante et fréquente que ça en efface quasiment toutes les lignes, et à notre grand dam, en particulier sur les carrefours. Et ben c’est bien dommage. Déjà qu’on ne voit pas les panneaux stop, si en plus on ne voit pas les lignes, on va vite finir dans le fossé. 

N’allez pas vous plaindre si on roule souvent au milieu de la route sans le savoir ou si on fait des zigzags alors qu’il n’y a aucun nid d’éléphant. Des dangers au volant, nous ? 

Règle numéro 1 : quand il y a 30 cm de neige sur la route, tu suis le mouvement

Parfois, tu as beau imaginer toutes les lignes que tu veux, si la météo a décidé qu’il neigerait 30 cm sur la route principale, tu dois suivre le mouvement. En clair, tu laisses les premières voitures créer les sillons de passage un peu au hasard, et tu t’engages à suivre les mêmes sillons. On se retrouve donc très vite à rouler tous en plein milieu des deux voies, parce que le premier gus a décidé qu’il allait rouler ici. Et sans le savoir il va créer la tendance pour toute la journée !

Conduire au Canada en hiver : la préparation du marathon

Avant de conduire sous la neige, il faut préparer ton véhicule. Et ça te prend bien un 20/30 min pour pouvoir enfin décalicer de chez toi. 

On vous explique les différentes étapes, pour tous ceux qui n’ont pas de neige en hiver.

Mission numéro 1 : te préparer

Tu dois déjà te préparer toi à affronter le froid de dehors, en enfilant tes couches de vêtements et surtout en mettant des moufles bien résistantes. Car tu sais que tu vas devoir gérer de la neige, beaucoup de neige. Et n’oublie pas tes bottes : des bottes imperméables et rien d’autre ! Ne fais pas comme moi, ne fais pas ta rebelle au bout de 3 mois d’hiver à vouloir mettre tes bottines par pur manque de féminité et par craquage. Car au moment où tu sors et où tu t’enfonces dans la neige jusqu’aux genoux, tu regrettes vite, très vite. Adieu bottines en daim.

Mission numéro 2 : récupérer les outils nécessaires

Première sortie : tu retrouves ton véhicule sous la neige. Enfin, tu devines que ton véhicule est là par la forme du tas de neige devant tes yeux. Le but premier est d’accéder à la poignée de la portière pour pouvoir démarrer ton véhicule et préchauffer le moteur. Evidemment, en ouvrant la portière, la neige du toit dégringole direction le siège conducteur. Ca, c’est “vis la vie de Méline”, tous les matins de décembre à mars. Une fois que tu as déblayé la neige du siège – en même temps que tu as déblayé ta fierté- avec tes super moufles, tu allumes le moteur et tu prends l’outil le plus utile du Canada en période hivernale : le grattoir portatif. Pour tout Québécois qui se respecte, ce grattoir, c’est le Graal. Et si tu prends le nec plus ultra, il a même deux embouts, un pour enlever la neige comme un balais, et l’autre pour gratter ton parebrise. 

Mission numéro 3 : Déneiger ta voiture sans mourir de froid

neige voiture

Tu peux donc enfin commencer à déneiger ton auto. Et là, c’est la course contre la montre s’il neige encore. Il s’agit de déneiger plus vite qu’il ne neige. Tu me suis ?

En commençant par le toit et ton embout-balais portatif. Tu déblaies d’abord le dessus de ta voiture. Ne fais pas comme moi à racler tout en reculant en reculant. Ne fais pas comme moi à recevoir toute la neige du toit sur ton visage, tes épaules et ton pantalon. Non, sois intelligent et vas de l’avant, pousse la neige. 

Racle ensuite ton capot qui est enseveli sous la neige du toit. Puis les fenêtres. Prends garde à ne pas respirer trop de ton pot d’échappement qui tourne depuis plusieurs minutes et qui fume comme s’il allait exploser d’un instant à l’autre. 

N’oublie pas, surtout pas, de bien dégeler ton capot. Ne fais pas comme moi qui n’ai pas réussi à dégeler ce capot avant de partir, qui suis partie de bonne humeur sur les routes de Laval, et qui ai vu la vie des autres conducteurs défiler sous mes yeux quand l’énorme plaque de gel s’est détachée en un seul morceau de mon capot pour s’envoler et aller s’écraser sur la route. En plein milieu d’un boulevard. Par heure de pointe. 

Aucun blessé je vous assure, juste mon coeur qui a perdu 5 ans de vie.

Mission numéro 4 : rentrer chez toi et attendre.

Tu as fini de déneiger ta voiture ? Non, tu ne peux pas prendre la route ! Tu dois attendre. Attendre que le moteur chauffe pour ne pas qu’il te claque dans les mains. N’oublions pas qu’il fait -30°C, et que ton moteur met un peu de temps à se réchauffer. On ne va pas le blâmer pour ça. Donc toi tu pleures pour la planète chez toi, avant de prendre le volant, enfin. Et rebelotte, tous les matins.

Giratoire ou rond point ? 

Au Québec, il y a très peu de ronds-points. C’est plutôt dommage, quand tu passes autant de temps aux lumières, tu te dis que ce serait pas mal utile l’histoire. Ils l’ont aussi compris, donc ils essaient d’en intégrer de temps à autre. Mais le fonctionnement d’un rond-point leur est aussi flou et compliqué qu’une notice Ikea. J’essaye encore de comprendre moi-même, mais je patauge encore. Giratoire = rond point, rond point= giratoire.

Rond-point du Québec : priorité à ceux qui arrivent. Ceux qui sont engagés doivent donc s’arrêter. Oui, en plein milieu.

Giratoire du Québec : priorité à ceux qui sont engagés. En gros, nos ronds-points en Europe. 

Comment savoir lequel est lequel ? C’est un immense panneau jaune à l’entrée du rond-point qui t’explique la règle avec des schémas impossibles, des flèches de partout et des véhicules un peu partout. C’est vrai que quand tu conduis au Canada, tu aimes déchiffrer des rébus en roulant.

Sinon, il y a le guide des ronds-points du Québec, mais ça encore, c’est un rébus.

Le carrefour des stops

Petite curiosité du Québec, certains carrefours sont marqués par des panneaux arrêts à toutes les entrées et sorties. Il y a donc 4 stops et tout le monde doit s’arrêter. La règle ? Premier arrivé, premier qui passe ! “Mais attends, ça doit être l’anarchie totale !”

Et non… Un truc que j’ADORE au Québec, c’est le respect de tous les usagers de la route pour les panneaux de signalisation. Je ne parle pas des panneaux de limitation de vitesse, les Québécois sont autant champions que nous pour la rébellion dans ce domaine. Mais 

quand on parle des arrêts, il n’y a pas un conducteur qui ne respecte pas l’ordre d’arrivée. 

Et ça m’étonne à chaque fois ! Je n’imagine pas cette règle appliquée dans mon pays en France… ça deviendrait vite la loi du plus fort, à celui qui bourrine le plus. Carnage assuré.

Ici, c’est bien plus respectueux. Enfin, sauf quand tu ne vois pas les panneaux Arrêts, là c’est plus problématique. Promis, c’était pas mon esprit rebelle.

Les dérapages incontrôlés contrôlés

L’hiver est long au Québec, très long. Mais pas le choix, tu dois continuer de vivre et d’aller au travail, par neige ou verglas ! Mais conduire au Canada sous la neige, ce n’est pas tous les jours facile, même pour les conducteurs les plus aguerris. Parfois, des couches de neige, verglas, et slotch se succèdent sur la route et que tu le veuilles ou non, tu peux très vite perdre le contrôle de ton véhicule. Lorsque la lumière est verte, le démarrage de tous les véhicules est un spectacle à part entière. C’est un festival de glissades, de tête à queue et de dérapages-glissés-contrôlés. Ça devient beau à voir tous les matins. Certains en ont une peur bleue, d’autres en jouent et s’amusent à faire glisser leur gros pick up sur tout le carrefour. Ça met de bonne humeur dès le matin. Moi perso, je me contente d’un café et d’un gâteau pour mon moral, chacun son truc.

Les camions thug life

Vous vous souvenez des séries américaines avec les conducteurs de l’extrême et leur énorme camion ? Au Québec, c’est la réalité du quotidien ! Tous les camions sont des oeuvres d’art, si bien qu’on a l’impression d’être dans un reportage à chaque déplacement. Les camions sont fiers, immenses, ils ont de l’allure comme ta voiture n’en aura jamais. 

Et ils vont vite, très vite. Il n’y a qu’au Québec que tu peux te faire doubler par un camion. De 25 mètres de long. A 110km/h. Sur une route sinueuse de parc national. Tout va bien. Tout est normal.

Les plaques d’immatriculation

Ici au Québec, les plaques d’immatriculation sont situées à l’arrière de ton véhicule uniquement, et pas à l’avant. Pourquoi ? Car la police a son plan d’attaque. Elle se place au bord de la route, attend gentiment que tu lui passes devant, toi et ton 40km/h au-dessus de la vitesse autorisée, puis elle commence à démarrer tout doucement. Ensuite elle te suit, sans les gyrophares d’abord. Juste le temps pour elle de prendre ta plaque et de confirmer le délit de vitesse. Et puis c’est le feu d’artifice des gyrophares, tu sais que tu vas prendre cher. Et que c’est toi qu’on va voir sur le bas côté de la route, avec un officier digne des séries US qui te fait ton contrôle et qui te donne la chair de poule. 

Moral de l’histoire : si les plaques d’immatriculation ne sont pas affichées à l’avant de ta voiture, c’est pour mieux te chopper par derrière.

D’ailleurs, chaque plaque d’immatriculation est reliée à une seule personne. Tu changes de voiture, tu prends ta plaque !

A noter que la police québécoise est assez tolérante sur la vitesse en province. Tu peux conduire à 10 km/h au-dessus de la vitesse autorisée, elle ne viendra pas te chercher. Évidemment, si tu tombes sur un radar sans coeur, il ne te fera pas de cadeau et t’attaquera au premier km/h au-dessus.

Le mythe des bus jaunes

bus jaune

Ils ont bercé toute mon enfance… Forest Gump et le fameux bus jaune. Grease et le fameux bus jaune. Twilight et son fameux bus jaune aussi. Bref, tous les films et séries américains nous montrent ces bus typiques qu’on rêverait tous de voir un jour. Et bien je vous le confirme : on en voit partout ici ! Les écoliers les prennent chaque jour pour aller à l’école. Je suis toujours envoûtée quand je les vois sur la route, comme une gamine.

Par contre, on ne joue pas avec les bus jaunes. Si tu es derrière et qu’il s’arrête pour déposer ou prendre des écoliers, tu as l’obligation de t’arrêter. Non, tu ne peux pas le doubler. Malheur à toi si tu le fais ! Un conducteur de bus jaune en colère, ça fait peur.

De même, si tu croises un bus arrêté de l’autre côté de la route, tu dois aussi t’arrêter. Si, si. J’en ai fait les frais. Un bus faisait descendre un enfant de l’autre côté de la route. Moi, je trace mon chemin évidemment. Erreur ! Festival du klaxon, j’ai cru que j’allais finir en taule pour non stoppage en plein milieu de la route. J’en ai encore le coeur qui palpite, promis je ne recommencerai plus monsieur le conducteur en colère.

Les tempos des riches

Pour éviter les heures cumulées de dénneigeage de ta voiture, et la perte de tes doigts au passage, beaucoup ont investi dans un Tempo. C’est une grande bâche blanche, comme une immense tente qui recouvre ton véhicule. Pas de neige, pas de givre. Tu démarres, et tu décalices. Je me suis dis chouette, je vais pouvoir en acheter un moi aussi et éviter à Amandine de creuser à la pelle les 50cm de neige qui sont tombées la veille. 

En voyant les prix, je suis vite rentrée chez moi, je suis allée chercher mon bras téléscopique double embout et j’ai mis deux couches de moufles sur mes doigts. J’ai -re-donné la pelle à Amandine. Et j’ai fermé ma bouche. Voilà.

Conduire au Canada : vivement le printemps

Bref, conduire au Canada, c’est comme une boîte de chocolats : tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber. Un dérapage incontrôlé ? Une plaque de verglas volante ? Un policier suiveur ? Des nids d’éléphants cachés sous la neige ? Des panneaux arrêts invisibles ? Mystère. Moi je dis, vivement le printemps, qu’on fasse au moins croire qu’on sait conduire à la SAAQ.

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