Bordeaux en amoureuses

L’attente interminable du visa

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« Tiens, ça fait longtemps qu’elle ne nous a pas saoulés avec ses articles, la blonde avec sa femme poissarde ». Non, nous ne sommes pas parties au Canada le 20 septembre comme prévu. A croire que mon bélier de l’impatience a une fois de plus fait des siennes, il en a oublié la réalité du terrain. Parfois, il faut savoir s’asseoir, prendre le temps, et attendre, car le visa Canada sait plus se faire désirer qu’une femme. Tout vient à point à qui sait profiter du moment présent. Mais alors c’est bien joli, on a quitté Malte, nos jobs et on a fait nos valises… maintenant, on fait quoi ?

On profite !

Il faut juste savoir savourer le temps qui nous est offert. Et clairement, nous avons eu un beau cadeau du destin qui nous propose de longs séjours chez nos familles et amis à la place des usuelles visites en express, entre deux aéroports et un café.

Pause venteuse à Pornic

On a commencé par aller chez ma famille à Pornic. Oui, j’ai très vite remis mes pantalons et mes chaussures fermées. C’est-à-dire que passer de 35°C à 23°C, ça fait un petit choc. J’ai bien remarqué un léger décalage entre les locaux et moi, quand je me suis promenée en veste, pull, pantalon et petite écharpe –juste au cas où- dans le sac et que j’ai croisé des personnes en short et tee shirt. Ok, ce n’est peut-être pas plus mal d’avoir un moment de réadaptation avant le froid canadien au final. A ce rythme, je me serais vite retrouvée avec le kit moufles/cagoule/après-ski/manteau d’esquimau/couverture de survie portative au milieu des Québécois en plein mois de septembre.

J’ai bien mangé, j’ai bien bu…

Quelle est ta première réaction quand tu reviens en France après avoir vécu à l’étranger ?

Réponse de tous les expatriés : la bouffe. Et on ne s’est pas faites priées.

Les boulangeries ont fermé pour rupture de stock, j’ai tellement mangé de galettes que j’en parle breton, j’ai du cidre jusqu’à la glotte et l’haleine de fromage jusqu’à la fin de mes jours. France, tu m’avais manquée ! Je suis comme une gamine dans les rayons des supermarchés, à trainer les yeux humides devant les innombrables goûters et desserts que j’ai envie de dévorer en crise de boulimie. A m’écouter, on n’aurait uniquement du pain, des pâtisseries, des goûters, des yaourts, du miel et du fromage dans le caddie. 3 ans à Malte à manger du pain sans mie -moisi au bout de 3 heures-, des yaourts au lait d’animal maltais inconnu et des goûters au sucre, ça vous change la vie.

La famille

Ce séjour à Pornic a surtout été l’occasion de renouer avec la famille et de fêter les – préparez les applaudissements- 90 ans de mon papito chéri ! Et les 89 ans de ma mamie, ne l’oublions pas. Grande réunion avec toute la famille. Bon, chez nous, « toute la famille » se résume à une dizaine d’adultes et une ribambelle de gamins. Heureusement on se rattrape pour ne pas perdre notre nom de famille, rassurez-vous il y a des mioches à deux pattes partout. L’honneur est sauf, la descendance prendra le relais !

Alors avec tout ce beau monde, Amandine et moi on a un peu freiné des quatre fers (+1000 pour l’utilisation de cette expression) côté Covid. « Nous, on portera les masques toute la journée, on a un avion à prendre et un test PCR à passer pour le Canada ! ».  Mais au premier postillon de mon neveu dans mes yeux – premier d’une très longue série – m’a résignée pour cette journée. Viens me chercher Covid, je ne peux lutter.

On migre vers le sud, direction Bordeaux

Ayant toutes les deux vécu à Bordeaux à des moments différents de nos vies, nous revenons vers notre ville de cœur avec l’esprit en fête et l’excitation d’un chat devant une boule de scotch. Direction « La Belle Endormie » pour profiter des derniers moments avec la sœur d’Amandine, Alice.

Enfin, Bordeaux c’est un bien grand mot. Nous voilà plus précisément à la presqu’île d’Ambès. Cette vaste terre inondable au nord de la Gironde, entre Dordogne et Garonne. Les gens ici vivent de verts prés, du chant des oiseaux et des biches sauvages.

Ah, non. Rectification.

Entre feux de poubelle et punaises

Ici, le passe-temps favori de certains n’est pas de partir aux cèpes dans les bois, mais de brûler des poubelles sur les parkings, quand ce n’est pas de braquer les petits commerces de proximité. C’est un autre décor. Chacun son truc, mais j’avoue que je n’ai pas encore assez froid pour avoir envie de profiter de ces feux de joie.

On se reclut donc chez Alice qui nous accueille dans son appartement tout cosy avec ses deux chats. Tellement cosy que ces petites boules à quatre pattes ne sont pas les seules locataires. Les moustiques sont ravis d’avoir autant de sang frais à disposition – j’ai les chevilles de ma grand-mère, merci – et les punaises ont décidé de venir squatter en bande. Oui… des punaises. Rien que la présence d’un seul de ces individus te fait généralement partir en hurlant. Ces belles bêtes parfois vertes, parfois brunes (elles savent mettre de la couleur dans nos vies) qui volent dans tout l’appartement en faisant un bruit de tracteur en fin de vie, jusqu’au PLOC indiquant qu’elles ont trouvé un coin où se poser… notre front.

La raquette salvatrice

La pauvre Alice, ne sachant plus que faire de ces envahisseurs, a investi dans un objet magique dont je ne peux plus me séparer : une raquette électrique. Sachez que je n’ai aucune honte à me considérer comme une serial killeuse dorénavant. C’est simple, je ne la quitte plus. Les moustiques ont vite compris le truc, ils ne m’attaquent que quand je dors. Les punaises sont assez sottes je dois dire, et continuent à se coller sur mon front. Je m’apprête à commettre un génocide raquettal. J’en viens même à soupirer de soulagement et de sympathie quand je vois une mouche se poser sur moi. Je suis un peu Douey dans Malcolm « Toi tu vis, toi tu vis, toi tu crèves. » Même si en ce moment, c’est plutôt « Toi tu crèves, toi tu crèves, toi tu vas regretter de t’être posée sur mon front, toi tu crèves, toi la mouche c’est bon tu peux te poser, tu vis. »

Quand on a du temps… on part en vacances

 

Au lieu d’attendre et d’errer au milieu des punaises, nous avons donc décidé de partir en vacances en Dordogne ! Le choix du secteur a été plutôt limpide : après 3 ans à Malte, j’avais besoin de vert, d’arbres, d’air pur et de nature. Sans oublier de bonnes dégustations de spécialités locales, ça va de soi. Alors bonjour Périgord Noir !

Nous voilà donc parties en Airbnb au fin fond de la forêt au sud de Sarlat. Les hôtes sont adorables et très chaleureux. Les locataires aussi. Nous avons troqué les punaises contre les souris dans le mur, la poule qui vient picorer les chaussures d’Amandine – et faire ses besoins dans notre salon au passage – et les araignées de 15 cm de diamètre sur nos manteaux. On voulait de la nature, nous sommes servies. Nous avons aussi retrouvé un petit goût de Malte avec la moisissure du mur de la chambre. Si je vous dis que l’odeur de cave qui s’en dégage me rassure et me rappelle le sous-sol de mon papi, vous demandez un internement d’urgence pour moi ?

Une région qui vaut le détour

En réalité, nous avons passé un excellent séjour. Le Périgord est une région incroyable, on s’y sent bien, reposées et en totale connexion avec la nature et l’histoire. Entre châteaux forts, manoirs cachés, jardins, villages traditionnels, on était au paradis. Côté gastronomie, on peut dire que j’’ai dégouté Amandine de la noix à jamais. Comme une femme enceinte a besoin de ses fraises, j’ai eu une addiction pour la noix, que j’ai consommé – ainsi qu’Amandine par obligation – sous toutes ses formes : miel aux noix, saucisson aux noix, noix caramélisées, pâte à tartiner aux noix, gâteau aux noix, fromage aux noix, et noix tout court. Je devrais peut-être consulter pour cette nouvelle lubie. La pauvre Alice, qui nous a rejoint pour le weekend, est arrivée pleine de bonne volonté et d’attrait pour ce fruit à coque. En l’espace d’un repas, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Ni de moi d’ailleurs. Oups.

En bref, vacances qui ont fait grand bien : on s’est perdues dans les bois pour aller aux cèpes et on est revenues avec de vieux champignons croupis et mangés jusqu’au pied. Une dame a eu l’honneur de voir Amandine changer sa protection hygiénique dans les toilettes du Jardin de Marqueyssac – quand on ne sait pas fermer une porte à clef, on ne change pas son tampon Amandine Justine -. On a perdu 3 poumons dans les rues montantes du Périgord et on s’est faites dépassées par des octogénaires en déambulateur. On a failli avoir l’accident de route de notre vie, et un AVC quand on en a réchappé. Et on a vidé notre PEL pour un morceau de fromage local et 3 grammes de charcuterie (et quelques noix.).

Retour –sous la pluie- au pays des punaises et des poubelles brûlées.

Pas de visa à l’horizon

 

On a tout : notre Boss Qui Déchire qui nous attend avec impatience et un job plein de promesses, une envie débordante de découvrir un nouveau pays et la liberté de pouvoir partir du jour au lendemain. Tout, sauf le visa. Petite broutille.

Bref, nous l’attendons comme l’ouverture des cadeaux de Noël : en clair, on ne tient plus, on saute sur place. Messieurs les agents d’immigration, sachez que je prie chaque soir en votre nom pour qu’un matin vous vous réveilliez et décidiez de traiter nos dossiers. Je peux faire la danse du visa, croiser les doigts et même les doigts de pied, toucher tous les bois du monde si vous le souhaitez !

A l’heure actuelle, ma demande en est toujours à la dernière étape « Biométries terminées » et « Vérification des antécédents ».

Celle d’Amandine… Que vous dire ? Vous ne serez pas surpris, ça traine un peu plus. « Nous n’avons pas reçu vos empreintes digitales ». Sans savoir si cela provient d’une erreur dans la transmission des données biométriques ou du simple fait que son dossier ne soit pas encore traité, nous attendons.

On commence les choses sérieuses

Puisque notre Boss Qui Déchire a trop hâte qu’on commence, pourquoi attendre d’avoir le visa ? Broutille ! On ne perd pas de temps, et on commence la formation right away from Ambès city !

Résultat : après une dizaine d’heures de visio, j’ai presque le décodeur intégral québécois et je peux sortir « il pète une coche tabernacle » sans honte d’en comprendre le sens, ma voix intérieure me parle en accent d’quebék la, je fais des rêves du boulot comme si j’y étais. Manque plus que les crottes de fromage sur la poutine et j’aurai le full package.

Mais j’oublie le plus important : on est motivées à bloc. On adore ce que va être notre travail, notre vie et nos déplacements à travers le Québec. Bref, on se tire une buche, mais vivement qu’on arrive pour se paqueter la fraise avec notre Boss Qui Déchire !

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