La vaccination de l’enfer

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Afin de pouvoir vivre décemment sur cette planète terre et de profiter des bars et des restaurants en France comme au Canada, il fallait bien se faire vacciner. Moi ? Check, c’est fait depuis juin. J’ai frôlé le malaise vagal, l’arrêt cardiaque et l’accident dans ma culotte par pur stress. Devinez quoi ? Amandine, c’est autre chose. Une histoire digne d’un film d’action : rebondissements, traitrise et suspens inclus.

La poisse incarnée

 

 

Comme si l’organisation millimétrée de nos vies et de notre futur au Canada ne suffisait pas, ça ne serait pas drôle si la poisse légendaire d’Amandine ne toquait pas à la porte. Enfin, elle a plutôt défoncé l’entrée de notre appartement en nous criant « COUCOU C’EST MOI » ; son sourire narquois jusqu’aux oreilles.

Sachez qu’Amandine, en plus d’être née sur le trottoir…a aussi décidé que pour pimenter sa vie, un de ses reins n’allait pas bien fonctionner et qu’elle allait être allergique au Tramadol, au chlore, et aux amendes. Sans parler du clou de girofle, mais je ne cuisine pas indien tous les jours, donc ça va. La voilà donc aujourd’hui avec un rein synthétique digne de Robotnik –le méchant robotisé de Sonic pour les incultes-. M’est d’avis qu’elle a juste décidé de vendre son vrai rein au marché noir pour s’assurer une aisance financière et une villa à Bali. Mais on s’écarte du sujet. En attendant j’attends toujours les clefs de la villa.

Pas de carte, pas de vaccin. C’est la règle.

Bref, avec tout ce beau monde qu’elle trimballe en fardeau de sa vie, elle n’avait pas l’envie particulière de chopper le Covid. La question de la vaccination allait donc d’elle-même. Sauf qu’on habite à Malte. Et qu’on est françaises. Et qu’à Malte, ils sont plutôt stricts sur le droit à la vaccination. Jusqu’au 19 juillet dernier, on ne pouvait pas se faire vacciner sans avoir la carte de résident permanent. En sachant que l’administration maltaise met environ 6 mois à traiter une demande de résidence… dans cette logique, c’est le serpent se mord la queue, s’injecte le venin lui-même et suffoque à petit feu. But contre son camp, merci, au revoir.

Alors Amandine a attendu 5 mois pour avoir sa belle photo de tolarde sur une carte plastifiée – rigolez pas, on dirait vraiment qu’elle sort de chez la Polizija maltaise. Puis, le 4 juillet : bonne nouvelle ! Nous recevons le papier de collecte pour sa carte toute prête.

La revoilà !

Mais… qui a fait une entrée fracassante à défoncer cette fois-ci notre baie vitrée ? COUCOU C’EST ENCORE MOI. Revoilà la poisse d’Amandine, on l’avait presque oubliée celle-là. Le 5 juillet, nouvelle du siècle : on est placées en quarantaine. Coup fatal, Amandine est cas contact. 19 jours de quarantaine. Oui, 19…. jours. C’est-à-dire que j’ai eu la bonne idée de faire un test PCR de contrôle pendant ma quarantaine, qui s’est avéré positif. Alors rebelote, 14 jours de plus au bagne. A Malte, ils ne cherchent pas à savoir si tu étais déjà en quarantaine depuis 5, 10 ou 586 jours. Tu es positif ? Prends toi 14 jours en plus, et ce de façon infinie jusqu’à ce que tu sois négatif. Après 19 jours d’errance dans l’appartement, à compter les carreaux, à écouter les coqs du jardin d’en face, à regarder les mioches courir dans le parc d’à côté et les maudire, à faire du sport avec des bouteilles pour finir par abandonner et les boire en une soirée, et à se passer notre dépression l’une à l’autre comme une grenade dégoupillée… nous avons été libérées de notre prison.

C’est donc toute pleine d’ambition qu’Amandine se fixe un moment pour aller se faire vacciner, après avoir récupéré sa carte de la victoire tant méritée.

Pas de Pfizer, c’est le Johnson, mais le Johnson c’est pas pour toi.

Le jour J est arrivé. J’emmène Amandine au centre de vaccination pour sa première dose de Pfizer. Après une bonne heure et demi à faire la queue dehors, sous un soleil écrasant, 45°C à l’ombre et un espace de 15 cm pour souffler entre la personne de devant et celle de derrière – distanciation sociale on avait dit ? -, elle arrive enfin dans la salle de vaccination.

« Bonjour, je voudrais le Pfizer svp. »

« C’est non. On ne fait plus. Maintenant c’est le Johnson ».

Pardon ?

Vous voulez dire qu’après des mois de vaccination intense avec le Pfizer, vous changez tout et ne faites plus que le Johnson à tout le monde ?

Vous voulez dire, le Johnson, celui même qui est interdit aux personnes de moins de 55 ans en France ? Et ouai. C’est radical à Malte. Aucune logique. Ne cherchez pas.

Bon. C’est problématique. On rembobine ? Amandine, trottoir, greffe de rein….STOP ! Problème. La greffe n’est pas compatible avec le Johnson. C’est non. Après la porte d’entrée et la baie vitrée, qui a défoncé nos fenêtres cette fois ci ? TE REVOILA TOI !

Allez expliquer à un maltais qui ne voit de la journée que des bras prêts à se faire piquer et qui se prend 3568942 réflexions en pleine face par jour, que vous DEVEZ avoir le Pfizer, question de vie ou de mort ! Et bien, encore une fois, c’est impossible.

Bref, s’ensuit une bataille de l’infini pour obtenir des certificats de médecins, des dérogations, des rendez-vous spéciaux… Je crois que Free n’a pas compris les milliers d’appels que j’ai passés vers des numéros maltais. Ils vont me prendre pour une blanchisseuse d’argent essayant d’écouler son stock à des locaux à tous les coups. En tout cas rien n’y fait. C’est Johnson, c’est tout.

Merci le rein synthétique

Entre temps, Amandine découvre par miracle que le Johnson n’est pas dangereux dans le cas d’une greffe de rein synthétique, et qu’en fait, elle peut le faire. Merci, c’est vrai que ça m’aurait embêté de le savoir plus tôt et de ne pas frôler l’AVC, ça aurait été tellement dommage.

Donc, nous voilà reparties pour le centre de vaccination que l’on connaît maintenant autant que notre cavité buccale. Je la laisse patienter tranquillement sous le soleil ardant, moi je rentre au frais à la maison. Soutien : zéro. Puis, nouveau message de la Justine : « Johnson impossible, j’ai trop d’allergies ».

Vous connaissez cette envie irrépressible de hurler comme un dragon et de cracher du feu pour faire évacuer la rage envers le monde qui s’accumule en vous ? Voilà. On y est. Et comme je ne sais pas cracher du feu, j’ai pris le téléphone et j’ai crié. Sur Amandine. (Je me suis faite pardonnée entre temps, elle ne m’a pas quittée.)

Pour vous éviter vous aussi de tomber dans un état proche de la folie définitive et du burn out, je vous passe les détails et avance l’histoire. Ne me remerciez pas. On a donc demandé une assistance médicale pour qu’elle puisse avoir le Johnson et qu’elle ne meurt pas en parallèle. C’est chouette et très rassurant.

Après 2 semaines d’attente, environ 5 264 589 appels pour trouver la seule et unique personne qui soit en mesure de prendre le rendez-vous mais qui ne le fait pas, des refus de toute part, puis surtout l’appel unique vers ma propriétaire du tonnerre qui a des solutions –et des connaissances- pour tout, nous avons ENFIN le rendez-vous du vaccin. Fixé le 20 août. MERCI la vie !

Et enfin…

Vous nous excuserez de la qualité douteuse de la photo…

A l’instant même où j’écris, elle est à Mater Dei, l’hôpital public de Malte, et s’est faite injecter le Johnson. Jusqu’à maintenant, tout va bien ! Pas de gonflement d’œil ni de tête d’écureuil, pas de respiration saccadée de bouledogue français ni de gorge gonflée à la Hulk. Juste un bras en moins, à se tordre de douleur à chaque mouvement. La nuit va être sympa.

C’était l’histoire de la vaccination de l’enfer. On s’en souviendra.

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