neige Québec

Notre premier Noël au Québec !

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Je peux enfin le dire : nous avons passé Noël au Canada. Objectif atteint ! Et sirop d’érable sur les pancakes, nous avons pu le fêter en immersion complète dans une famille québécoise, au fin fond de la campagne de Trois Rivières. Il s’en est fallu de peu, de très peu car les résultats du test PCR passé à l’arrivée tardaient. Un peu plus et on se serait retrouvées Amandine, sa poisse et moi-même autour d’une poutine livrée au studio, avec pour seule compagnie mes pauvres bonhommes de neige qui nous regardent depuis la fenêtre.

Le plan de notre Noël au Québec

Notre super boss ayant à cœur de nous faire vivre des expériences authentiques, elle ne nous a pas laissé le choix : qu’on le veuille ou non, elle a prévu de nous embarquer dans son Noël à elle, avec ses amis et leur famille.

Chouette, on ne demandait que ça ! Pouvoir fêter Noël au Québec, en immersion totale. Rien de mieux pour mieux connaître la culture québécoise, rencontrer du monde et aller dans le vrai, le dur !

L’endroit : Trois-Rivières

quebec sous la neige

Plus précisément Saint Etienne des Grès, une petite ville située à l’ouest de Trois-Rivières. Rien que la route est une expérience pour nous. Fraîchement sorties de quarantaine, on n’avait pas encore eu l’occasion de mettre les pieds dehors, à part devant notre studio pour faire mon bonhomme de neige et tester ma résistance aux -15°C locaux. Bonhomme de neige : échec cuisant, ressemble davantage à un amas de neige poudreuse sur lequel on aurait posé deux feuilles mortes et une brindille échouée provenant d’un arbre desséché. Pour les connaisseurs, c’est un peu le pokemon Tadmorv version neige. Résistance au froid : +1000 ! Très fière de moi, j’ai fait ma plus belle danse de la neige devant Amandine, pour bien lui montrer que le froid ne m’atteignait pas. Bon, elle m’a vite fait redescendre quand elle m’a expliqué la différence entre 5 min dehors, au soleil et statique, et 3h en balade et en mouvement avec du vent en pleine face et les ressentis à -40°C. Quelle rabat joie celle-là !

Bref, on a les yeux plein d’étoiles rien qu’en regardant par la fenêtre de la voiture : des paysages enneigés à perte de vue au fur et à mesure que Montréal s’éloigne.

Le groupe sur place

On s’en va donc pour fêter Noël chez une amie de notre boss. Comprenez : son amie, son chum, son fils, ses parents, et les amis de son amie. Du beau monde en perspective, et nous maudites françaises, rajout de dernière minute. Ça passe ou ça casse ! Mais j’ai une fâcheuse tendance à être positive et enjouée, alors il n’y a pas le choix : on s’intégrera et on passera un très bon moment ! Amandine fait moins la fière de son côté. Il faut dire qu’avant de me connaître, c’était une des personnes les plus timides de la planète terre, voire même de l’univers tout entier. Prise de sueur à l’idée même de rencontrer des gens qu’elle ne connaissait pas. Elle a vite appris le sens du mot sociabilité, pas de place pour la timidité chez moi !

Durée de l’expérience : un jour une nuit

Imaginez donc la tête d’Amandine quand elle a appris que non seulement on allait passer une soirée avec de parfaits inconnus du bout du monde, mais qu’en plus on allait dormir chez eux. J’ai vu son visage devenir blême, de la buée se former sur ses lunettes d’Harry Potter et ses yeux devenir de parfaites petites billes rondes. Moi je riais, elle, elle faisait un malaise.

Tabernak, tu veux vivre au Canada, yo t’es en plein dedans cris !

L’arrivée et le début de notre Noël québécois

Nous arrivons donc au lieu sacré : une maison typique d’ici, ensevelie sous la neige, un très grand parc boisé, des roulottes – comprenez mobile home ici-, bref, tout ce qu’on attendait pour notre véritable Noël au Québec !

 

La rencontre avec les Québécois

Comme je me l’imaginais bien, les rencontres ont été on ne peut plus amicales. Des embrassades, des sourires, des familiarités. Je suis comme un poisson dans l’eau, et je me fais aux coutumes locales : je parle avec tout le monde comme si je les connaissais depuis des années, sans me poser de question. Amandine ? J’aurai dû prendre une photo, rien que pour témoigner du moment. Je ressens son malaise jusque dans mes os ! Terrée dans un coin de l’entrée, bras croisés pour se protéger de je ne sais quelle menace, le dos courbé et le regard bas. Amandine Justine dans toute sa splendeur ! Heureusement, nos hôtes ne se sont pas gênés pour la bouger d’ici et la faire se sentir très à l’aise. En quelques minutes, la voilà à parler avec des inconnus, et à jouer aux échecs avec un enfant. Ok, je peux moi aussi me détendre.

« Tu sais-tu parler québécois ? »

Le grand-père de famille vient de suite me parler. Chouette, allons discuter. Je ne connaissais pas encore très bien l’accent québécois en dehors de Montréal jusqu’à ce qu’il prononce ses premières paroles. Ça calme. Je me retrouve devant un film en suédois que je ne peux pas comprendre. Je plisse les yeux, j’essaye de lire sur les lèvres, de deviner le sens de ses mots en fonction de la situation. Rien n’y fait. Je ne comprends décidément pas un mot de ce qu’il me dit. C’est fort problématique.

On fait quoi dans ce cas ? On hoche la tête, on sourit, on fait les beaux yeux. Où est mon verre ?

C’est là qu’arrive sa femme. Un visage d’ange, un sourire jusqu’aux oreilles et de l’amour pur qui émane de tout son corps. Chouette, ça ira peut-être mieux avec elle. Vous vous souvenez des panneaux « Un train peut en cacher un autre » ? Et bien on est en plein dedans. Double uppercut, le second fait encore plus mal. Ce ne sont plus les mots que je ne comprends pas, mais même les lettres. Là, j’ai beau coller mon oreille à 2 millimètres de sa bouche, me mettre des œillères pour me concentrer uniquement sur ses lèvres, c’est impossible. Je sens qu’elle a quelque chose à me dire. Je sais qu’elle veut me transmettre un message. Mais le réseau passe très mal par ici il faut croire.

Bon, rappelle-toi de tes débuts à Malte. Comment as-tu fait quand tu ne comprenais pas l’anglais ? Happy hour. On dit que l’alcool rend bilingue. Filez-moi cette bouteille de vin rouge, on reparle dans un petit moment.

Quand le cerveau court-circuite

En étant en minorité, notre cerveau développe d’étranges et curieuses façons d’agir en société. C’est là que, malgré la force de tes ambitions, il déraille. Tu te rends alors compte de ton accent très, très français, à la sonorité proche du snobisme. Tu te mets à prononcer chaque mot très différemment pour te faire comprendre, en empirant la situation sans même le vouloir. Même toi tu ne reconnais pas l’accent que tu prends, à cheval entre Lille, Marseille et celui de la Belgique. Est-ce bien moi qui parle ? En réalisant ton propre sketch, tu fais alors attention au moindre de tes mouvements : la façon dont tu t’assois, dont tu tiens ton verre, tes couverts, même la façon dont tu marches. Tout transpire français, puissance dix mille quand tu veux les atténuer.

Une soirée de Noël incroyable

Les premiers verres passés, on a tout de suite mieux compris le québécois. Non sans demander à tout le monde de répéter 5 fois la même phrase, mais c’est pas grave, c’est le vin. Si je résume le Noël au Québec ? Des gens simples, toujours de bonne humeur, une ambiance légère et festive, un festin préparé avec soin par notre hôte, des incompréhensions et des rires. En bref, on a adoré ! Le petit plus : on m’amène un petit chaton noir dès le début de la soirée, qui n’a pas quitté mes bras un instant. Je suis au paradis.

Et on mange quoi à Noël au Québec ?

Sur cette question, je ne vais pas pouvoir vous répondre. C’était un repas bien particulier : raclette à la québécoise, fondue à la québécoise, salades diverses de pâtes, crottes de fromage, saucisses, veau en carpaccio, crevettes, légumes grillés… et en dessert, une bûche traditionnelle. Bref, on s’est régalées !

23h… y a plus personne

Je parle bien évidemment pour moi. Depuis mon arrivée au Canada, je vis avec le soleil. C’est-à-dire que je me réveille tôt, et je commence à fatiguer quand le soleil se couche, à 16h30. A 23h donc, je suis un zombie ambulant. Même le petit chat n’arrive pas à me tenir éveillée. Ma boss, voyant mon désarroi, m’ordonne d’aller me coucher. Amandine est aussi fatiguée, c’est parfait. Chalet, nous voilà ! C’est parti pour notre deuxième expérience québécoise : la nuit au fond du bois !

Dormir dans un chalet : l’expérience Québec

chalet de noel

Pour la nuit, on avait le choix entre une chambre bien au chaud dans la maison familiale, ou le chalet au fond de leur terrain, au beau milieu des bois. Notre envie de vivre à 100% les expériences qui nous sont proposées parle pour nous-autres : on choisit évidemment le chalet.

Et belle surprise : il est magnifique. Entièrement fait par le grand-père, il comprend un poêle à bois, des fauteuils, deux lits superposés et une petite kitchenette. Et petit détail qui fait tout : les toilettes sèches à côté de la fenêtre, avec vue sur les arbres, la neige, et accessoirement, ceux qui se baladent sur le domaine.

Bien préparer sa nuit, ou comment laisser faire Amandine

poêle à bois

Mettre du bois dans le poêle toute la nuit, c’est l’affaire d’Amandine. Elle est dans son élément, quand moi je suis sous la couette, à attendre que la température intérieure remonte.

Nos hôtes étant des plus soucieux de notre confort, ils nous ont tout de même passé maintes couettes, duvets et chauffages en extra, en plus de prévoir du café pour le lendemain et de nous donner une bouteille de lait. Je me rends en revanche vite compte qu’il va me falloir améliorer mes compétences en survie et apprendre que :

1 – Il faut nourrir le bois toute la nuit sans quoi il meurt

2 – Le lait doit effectivement rester au froid, mais que si tu le mets dehors toute la nuit par -16°C, il gèle

3 – On ne verse pas de liquide dans l’évier quand il fait aussi froid dehors et que le tuyau est gelé à l’extérieur

D’accord, leçon apprise.

Le jour de Noël : un réveil au paradis

 

Le 25 décembre, on se réveille donc dans un décor magique : un chalet en bois, le feu qui crépite –après qu’Amandine l’ait réanimé, non sans enfumer toute la pièce et mes poumons avec-, le paysage totalement enneigé dehors, les traces d’écureuils sur la neige. J’adore. Je sens une joie en moi que personne ne peut ébranler. J’aime ma vie à cet instant précis, et ne l’échangerais pour rien au monde.

Un matin de Noël unique

Après nous être promenées dans les bois et sous la neige, – non, rectification. Après avoir trainé Amandine sous la neige tant mon excitation du moment était insoutenable- nous entrons dans la maison familiale et rejoignons le reste du monde. Comme la veille, tout le monde est heureux et de bonne humeur. Le grand-père cuit des crêpes dans la cuisine, les gens parlent autour du poêle au fur et à mesure que la tempête de neige augmente, et moi je retrouve le petit chaton. Un conte de fée, je me sens au pays de Mickey.

Les crêpes version Québec

Je suis cette bonne odeur de crêpes, me fiant à mon odorat surdéveloppé pour ce genre de senteur délicieuse… et je rejoins vite le grand-père affairés aux fourneaux pour discuter de tout et de rien. Ma joie de pouvoir enfin avoir une conversation avec lui s’envola au loin à la vue de la poêle et des crêpes. Habituellement, en Bretagne du moins, on les laisse tranquillement cuire avec un petit peu de beurre dans une poêle chaude.

J’avais bien senti une odeur de chichi. J’ai tout de suite compris pourquoi. Une demi-bouteille d’huile y passe pour chaque crêpe, qui devient un véritable une bouée flottante. Sauvez Willy, il se noit. Là ce sont mes yeux qui deviennent des billes rondes. Ne regarde pas, ne pense pas à ce que tu viens de voir, mange et tais-toi. Avec du vrai sirop d’érable, ça passe quand même très bien, et c’est plus que bon. Mais une seule bouée suffit à te remplir l’estomac pour 3 jours. Aujourd’hui encore, je crois que j’ai des restes de pâte de crêpe frite dans l’œsophage.

Le départ sous la tempête de neige

En voyant la neige tomber de plus en plus fort et les routes disparaitre sous une épaisse couche blanche, nous décidons de précipiter notre départ pour ne pas nous retrouver bloqués. On se dit au revoir et on a la bonne surprise d’être invitées aux 50 ans de mariage de nos hôtes en juillet prochain. Mission réussie, on s’est faite une petite place dans leur cœur ! C’est remplis d’amour que nous partons pour Montréal.

Sur la route, la neige s’intensifie. On a un très bon chauffeur – le mari de notre boss-, qui réussit à garder nos âmes en vie malgré les circonstances. Ce n’est pas vraiment le cas de l’autre côté de la route où l’on voit un carambolage d’une ampleur inédite : pas moins de 70 voitures accidentées, les unes à la suite des autres.

On ne plaisante pas avec l’hiver au Canada ! Rappelle-moi Chou, on voulait acheter une voiture c’est bien ça ? Le métro c’est bien aussi non ?

Heureusement pour nous, on arrive saines et sauves, retour à notre studio bien aimé le samedi soir pour un repos bien mérité.

Bilan de ce weekend, un Noël au Québec comme on en rêvait, des rencontres incroyables et des souvenirs à jamais gravés dans notre mémoire. La suite de notre vie peut commencer, sans quarantaine !

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